Test
Active Matter : l'extraction shooter qui fait enfin de la carte un véritable ennemi
Active Matter reprend le risque, le loot et la perte d'équipement du genre, puis jette des anomalies gravitationnelles et des créatures aux règles étranges au milieu des fusillades. L'identité est forte, les systèmes profonds, mais l'apprentissage reste inutilement rude et le lancement n'a pas placé tous les joueurs sur une ligne de départ parfaitement neutre.
La meilleure arme d'Active Matter n'est pas dans l'inventaire
Une anomalie qui inverse la gravité change davantage une partie qu'une nouvelle variante de fusil. C'est là qu'Active Matter trouve immédiatement sa différence. Les zones instables déforment l'espace, déplacent les règles physiques et accueillent des créatures que le site officiel rapproche explicitement de l'imaginaire SCP. Le danger ne se résume donc pas à déterminer si un autre opérateur attend derrière la prochaine porte.
Les tests convergent largement sur cette qualité. Même lorsque la structure reste familière — entrer, fouiller, remplir le sac, décider quand repartir — les cartes introduisent suffisamment d'événements et de menaces inhabituelles pour casser le confort de la routine. Une extraction peut demander de contourner des joueurs, mais aussi de comprendre ce que fait une zone anormale avant de s'y engager.
Ce détail change la valeur de l'information. Connaître une carte signifie davantage que retenir les coffres et les sorties. Il faut identifier les phénomènes, les créatures, leurs comportements et le risque acceptable lorsque le sac commence déjà à valoir cher.
Un hardcore qui assume la perte, parfois un peu trop son opacité
Les armes restent volontairement terre-à-terre au milieu de ce décor impossible. Recul, équipement militaire, protections et modifications donnent aux affrontements une masse que plusieurs critiques jugent convaincante. Active Matter ne transforme pas ses opérateurs en héros à compétences spectaculaires : les Body Sleeves privilégient plutôt des modifications passives et des compromis de statistiques.
Le revers est visible dès les premières heures. Les systèmes arrivent plus vite que leur explication. Shelter, Replicator, Refiner, équipements, ressources, progression et types de raids forment une mécanique assez riche, mais l'interface n'en propose pas toujours une lecture immédiate. Le jeu devient nettement plus cohérent lorsque les pièces sont comprises ; atteindre ce moment demande davantage de patience qu'il ne devrait.
Les raids isolés en PvE limitent heureusement la brutalité de cette entrée en matière. On peut y apprendre les cartes, les monstres et l'économie du loot sans ajouter immédiatement la menace d'une escouade adverse. Ce n'est pas un mode d'entraînement jetable : la boucle d'extraction y conserve son intérêt propre.
Le loot ne s'arrête pas au prix de revente
Le Replicator est une pièce importante de l'ensemble parce qu'il transforme la collecte en investissement. Les objets récupérés peuvent alimenter fabrication et progression au lieu de n'être qu'une suite de valeurs marchandes. Les Body Sleeves et leurs compromis poussent aussi vers plusieurs profils plutôt qu'une seule course au meilleur équipement universel.
Tout n'est pas parfaitement réglé. Un test PC pointe notamment des protections de haut niveau capables d'absorber des dégâts qui paraissent disproportionnés, ainsi que certains goulots d'étranglement dans la fabrication. Ce ne sont pas des objections au concept ; elles touchent précisément les nombres sur lesquels repose son équilibre.
Le lancement a ajouté une autre friction. Les propriétaires de la version antérieure pouvaient conserver leur progression lors du passage vers Steam, et un test PS5 a relevé l'écart que cette ancienneté pouvait créer face aux nouveaux arrivants. Les éditions supérieures accordent par ailleurs davantage de monnaie, de stockage et d'options de Replicator. Dans un jeu dont la tension dépend directement de la valeur du matériel engagé, ce point se remarque davantage que dans un shooter sans persistance.
La formule tient parce qu'elle a autre chose à raconter qu'une extraction
Active Matter n'est pas le jeu le plus accueillant de sa catégorie et ne prétend guère l'être. Son intérêt vient plutôt de la manière dont plusieurs systèmes familiers se heurtent à un monde qui ne l'est pas. Une bonne arme reste une bonne arme. Un sac plein reste une raison valable de fuir. Puis le plafond devient le sol.
Cette étrangeté suffit à donner une raison aux raids successifs, et c'est probablement son avantage le plus précieux dans un genre où la boucle seule ne surprend plus grand monde.
Points forts
- Les anomalies modifient réellement les déplacements et les décisions de raid
- Un gunplay tactique lourd et cohérent avec le niveau de risque
- Les raids PvE offrent une vraie porte d'entrée au genre
- Replicator, Body Sleeves et progression donnent plusieurs usages au loot extrait
- Les cartes et créatures empêchent les runs de reposer uniquement sur le PvP
Points faibles
- Une prise en main dense et encore insuffisamment expliquée
- Interface et progression demandent du temps avant de devenir lisibles
- Certains rapports d'équilibrage pointent des équipements de haut niveau trop résistants
- Le maintien d'une progression antérieure au lancement complique la compétition pour certains nouveaux joueurs
- Quelques armes et coûts de fabrication apparaissent encore mal équilibrés
Active Matter ne bouleverse pas la règle fondamentale de l'extraction shooter : entrer avec quelque chose à perdre, ressortir avec davantage, ou tout abandonner sur place. Sa réussite est d'avoir compris que cette boucle pouvait être inquiétante pour autre chose qu'un joueur caché derrière une fenêtre. Les anomalies, les monstres, les Body Sleeves et la fabrication donnent au système assez de ramifications pour créer une identité immédiatement reconnaissable. Le jeu demande cependant de lui pardonner une pédagogie rugueuse et quelques déséquilibres de lancement. Une proposition solide et singulière, surtout pour qui préfère apprendre un monde dangereux plutôt que seulement mémoriser ses meilleurs angles de tir.