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Ubisoft est-il vraiment en crise ? Les studios ferment, mais les jeux recommencent à donner quelques raisons d'y croire

Dire qu'Ubisoft traverse une mauvaise passe est devenu presque trop facile. Il y a les fermetures de studios, les projets annulés, les reports, les économies et cette perte annuelle qui dépasse le milliard d'euros. Puis Black Flag Resynced débarque, dépasse ses objectifs annuels en deux semaines et signe le meilleur lancement PC de l'histoire d'Assassin's Creed sur Steam. La société va mal. Ses jeux, eux, commencent par endroits à raconter une histoire un peu moins sombre.

Par Maëlle Ubisoft
Ubisoft est-il vraiment en crise ? Les studios ferment, mais les jeux recommencent à donner quelques raisons d'y croire

Oui, les signes de crise sont bien réels

Il suffit de regarder ce qui a disparu depuis le début de l'année. Ubisoft a revu trois années de production, abandonné sept projets et retardé six autres au total selon son bilan annuel publié en mai. Prince of Persia: The Sands of Time Remake faisait partie des annulations annoncées en janvier.

Les effectifs ont suivi la même direction. Ubisoft comptait 16 590 salariés à fin mars 2026, environ 1 200 de moins qu'un an auparavant. Le premier trimestre suivant a encore apporté la fermeture des studios de Winnipeg et de Belgrade, une restructuration à Barcelone et des ajustements dans Global Publishing.

Ce n'est pas une petite optimisation glissée dans un communiqué.

La grande purge du catalogue a aussi une logique

La version officielle est celle d'un marché devenu plus sélectif et d'une volonté de produire moins de jeux, mais de meilleure qualité. On peut raisonnablement garder une certaine distance devant le vocabulaire corporate ; arrêter sept projets reste le signe que la planification précédente n'a pas fonctionné comme prévu.

En revanche, prolonger six autres productions plutôt que les sortir coûte que coûte n'est pas forcément la décision la plus inquiétante. Ubisoft a longtemps traîné la réputation d'un éditeur capable d'empiler les mondes ouverts et les sorties jusqu'à épuiser ses propres licences. Reporter un jeu parce qu'il n'est pas prêt peut aussi être la partie saine de la restructuration.

Le problème est qu'il faut maintenant que les jeux retardés soient vraiment meilleurs.

Black Flag Resynced arrive au meilleur moment possible

Assassin's Creed Black Flag Resynced constitue le signal positif le plus concret de l'été. Ubisoft indiquait fin juillet avoir écoulé 3,5 millions d'exemplaires en sell-in quatorze jours après sa sortie, dépassant déjà ses prévisions annuelles.

Le remake a également atteint environ 105 000 joueurs simultanés sur Steam, un record pour Assassin's Creed sur la plateforme selon Ubisoft. Sa note de 84 sur OpenCritic et Metacritic en faisait au même moment le titre le mieux noté de la série depuis le Black Flag original.

Un bon remake ne répare évidemment pas un groupe de 16 000 personnes. Mais après plusieurs années pendant lesquelles chaque lancement Ubisoft semblait devoir devenir un référendum sur toute l'entreprise, voir un jeu simplement arriver proprement, bien se vendre et être bien reçu est déjà notable.

Rainbow Six et le vieux catalogue continuent de payer les factures

Le reste du portefeuille n'est pas vide. Rainbow Six Siege a conservé une activité conforme aux attentes au premier trimestre 2026-27 et Ubisoft signalait même une légère progression du nombre quotidien moyen de joueurs malgré une base de comparaison élevée liée à Siege X.

The Division 2 a amélioré sa monétisation avec sa huitième année. The Crew Motorfest a profité de nouveaux contenus et de son arrivée dans PlayStation Plus. Le jeu mobile Invincible: Guarding the Globe a même réalisé un trimestre record plus de deux ans après son lancement.

C'est moins spectaculaire qu'une nouvelle licence AAA. Pour une entreprise qui doit traverser une restructuration, ce back-catalogue est précisément le genre de revenu récurrent qui évite d'attendre chaque Noël avec les doigts croisés.

Les Creative Houses changent surtout la manière dont Ubisoft décide

Depuis avril, la vieille organisation transversale laisse progressivement place à cinq Creative Houses. Vantage Studios s'occupe notamment d'Assassin's Creed, Far Cry et Rainbow Six. Une deuxième maison regroupe The Division, Ghost Recon et Splinter Cell. D'autres blocs se concentrent sur les expériences live, les aventures narratives ou le casual et le mobile.

L'idée est de rapprocher les budgets, les décisions créatives et la responsabilité financière des équipes qui pilotent réellement les franchises. Derrière elles, un Creative Network doit fournir les studios de support et les expertises partagées.

Sur un organigramme, c'est très propre. Ubisoft doit encore démontrer que déplacer les cases produit de meilleurs jeux plutôt qu'une nouvelle couche de management.

La fin 2026 ressemble davantage à une année de transition qu'à une reconquête

Le calendrier immédiat reste volontairement mesuré. Rayman Legends Retold est prévu le 1er octobre et Just Dance: Decades of Hits le 13 octobre. Ubisoft promet aussi d'autres titres premium fondés sur ses marques existantes sans encore tous les nommer.

Le vrai gros cycle est présenté pour 2027-28 et 2028-29. Assassin's Creed, Far Cry et Ghost Recon doivent notamment alimenter un catalogue plus dense, pendant que Rainbow Six continue de pousser les services live.

C'est encore une promesse, et Ubisoft en a déjà beaucoup fait.

Pour les joueurs, la crise se jugera surtout sur les trois prochains gros jeux

Les chiffres financiers expliquent pourquoi des studios ferment et pourquoi des projets disparaissent. Ils ne disent pas encore si la nouvelle organisation saura éviter les problèmes qui ont conduit jusque-là.

La bonne nouvelle est que les premiers exemples récents ne sont pas catastrophiques. Assassin's Creed Shadows avait déjà été mieux reçu que plusieurs productions précédentes, Anno 117 a dépassé 80 sur Metacritic selon Ubisoft, et Black Flag Resynced a démarré très fort.

On peut donc appeler la situation une crise sans annoncer les funérailles. Ubisoft réduit fortement la voilure, choisit ses licences et demande désormais à moins de projets de porter davantage de poids.

Pour un joueur, tout le reste est assez secondaire : si Far Cry, Ghost Recon et les prochains Assassin's Creed arrivent bons, la restructuration aura un visage. S'ils ratent, les organigrammes de janvier auront vite l'air d'avoir simplement déplacé les meubles.