Test
Bodycam a enfin dépassé le stade de la démo technique, mais son réalisme joue encore contre lui
La mise à jour Locked & Loaded transforme sérieusement le FPS de Reissad Studio : loadouts, centaines d'accessoires, nouvelles animations et davantage de progression donnent enfin de l'épaisseur à une formule longtemps jugée trop maigre. Il reste pourtant un paradoxe tenace : Bodycam est fascinant quand il oblige à réapprendre à tirer, beaucoup moins lorsqu'il retombe dans des modes multijoueurs très classiques.
Les premiers tests de Bodycam en 2024 revenaient presque tous au même problème. L'effet visuel était saisissant, le son terrifiant, la perspective bodycam immédiatement reconnaissable, mais plusieurs critiques avaient du mal à trouver le jeu complet derrière l'expérience technique. IGN l'avait notamment réduit à l'idée d'une démonstration technologique encore trop peu fournie, tandis que GamingBolt et Game8 saluaient son atmosphère avant de pointer le manque de modes, de progression et de finition.
La version de septembre 2026 mérite d'être jugée avec cette histoire en tête, mais pas prisonnière d'elle. Locked & Loaded a changé suffisamment de choses pour rendre certaines critiques de lancement partiellement obsolètes.
Le vrai sujet de Bodycam reste la manière de tenir une arme
Dans un FPS traditionnel, la caméra et le canon entretiennent une relation assez simple : le joueur regarde quelque part, le réticule suit et l'arme sert essentiellement à confirmer cette direction. Bodycam casse volontairement cette habitude.
L'arme possède son inertie. Les bras, le torse et le regard participent à un même corps simulé. Regarder un angle et placer précisément le canon dans cet angle deviennent deux actions liées mais pas parfaitement identiques.
C'est déroutant. C'est parfois agaçant. C'est aussi exactement ce qui donne à Bodycam une identité que des dizaines de FPS militaires plus raffinés techniquement n'ont jamais trouvée.
PC Gamer décrivait dès la sortie une visée inconfortable et instable, mais reconnaissait également une tension qu'aucun autre shooter ne reproduisait vraiment de cette manière. Ce paradoxe reste pertinent : le défaut apparent est aussi le cœur du jeu.
Locked & Loaded donne enfin quelque chose à construire autour de ce gunplay
La différence majeure de 2026 est que Bodycam possède désormais un système de loadout digne de ce nom. Reissad Studio a ajouté une personnalisation d'armes très poussée avec des centaines d'accessoires, un espace de tir servant de hub et une tablette tactique qui remplace une partie des menus traditionnels.
La nouvelle animation procédurale va dans le même sens. Le rechargement n'est plus seulement une séquence esthétique identique répétée jusqu'à devenir invisible. Le jeu différencie désormais des états plus calmes et plus stressés, avec des gestes susceptibles de devenir moins propres sous pression.
La mécanique n'est pas miraculeuse, mais elle sert très bien la philosophie du jeu : faire ressentir que l'opérateur existe physiquement entre la souris et le canon.
Les meilleurs modes ralentissent le jeu
Wingman en 2 contre 2 et Body Bomb en 5 contre 5 donnent à Bodycam l'espace dont il a besoin. Quand une mort compte davantage qu'un retour immédiat au spawn, la mauvaise visibilité et la puissance des armes commencent à produire de vraies décisions.
Ouvrir une porte sans information devient dangereux. Une lampe permet de lire une pièce mais indique aussi une présence. Un bruit peut suffire à révéler un déplacement. La très faible quantité d'informations à l'écran oblige à réellement observer l'environnement.
Le jeu perd une partie de cette force en Deathmatch ou dans ses variantes plus rapides. La friction volontaire du maniement fonctionne beaucoup moins bien lorsqu'elle accompagne une boucle de spawn, tir, mort, respawn.
Les gadgets enrichissent les situations sans résoudre le problème de fond
Les drones FPV, voitures télécommandées et autres outils tactiques permettent désormais d'obtenir de l'information sans exposer directement un joueur. Ils renforcent une dimension de reconnaissance qui manquait beaucoup à la première version.
Ils donnent aussi au jeu un vocabulaire plus contemporain, avec notamment une simulation assez poussée du pilotage FPV.
Mais un gadget ne transforme pas automatiquement un mode classique en simulation tactique profonde. Les critiques récurrentes sur la répétitivité ou le manque d'objectifs plus complexes restent donc compréhensibles, y compris dans les retours publiés après la grosse mise à jour.
La progression est meilleure, la confiance mettra plus longtemps à revenir
Bodycam traîne également derrière lui un problème qui ne relève pas directement du gunplay. En 2024, le changement de son économie cosmétique et la disparition d'une partie de la progression précédemment gagnée avaient déclenché une vague de critiques utilisateurs particulièrement sévère.
La situation actuelle est meilleure et le jeu vient de connaître une nette remontée de sa réception récente sur Steam. Au moment de cette synthèse, 85 % des plus de 16 000 évaluations des trente derniers jours affichées par Steam sont positives, contre 78 % sur l'ensemble des évaluations anglophones.
C'est un signal fort en faveur de Locked & Loaded. Ce n'est pas une gomme magique.
Le FPS étrange que Bodycam promettait est enfin beaucoup plus visible
Ce qui change le jugement en 2026 n'est donc pas que les défauts originaux ont tous disparu. C'est que le jeu possède maintenant assez de matière autour de son idée centrale pour qu'elle puisse tenir plus longtemps que quelques matchs de curiosité.
Il reste un produit en accès anticipé, avec une philosophie qui divisera presque mécaniquement les amateurs de FPS. Quelqu'un qui veut une visée instantanée, une silhouette parfaitement lisible et un contrôle sans inertie risque de détester exactement ce que Bodycam considère comme ses qualités.
Pour les autres, il existe désormais derrière l'objectif déformé un véritable jeu à apprendre.
Points forts
- Une manière de viser et manipuler les armes qui ne ressemble presque à aucun autre FPS
- Les échanges de tirs restent extraordinairement tendus
- Locked & Loaded apporte enfin de vrais loadouts et une progression plus structurée
- Les modes Wingman et Body Bomb exploitent bien mieux la philosophie tactique
- Le son, l'obscurité et la lecture des espaces donnent un vrai poids au positionnement
Points faibles
- Les modes les plus arcade contredisent parfois la lourdeur volontaire du maniement
- La profondeur des objectifs reste inférieure à celle des meilleurs tactical shooters
- Le déplacement et la visée demandent une adaptation que certains joueurs ne trouveront jamais agréable
- Le contenu reste celui d'un jeu encore clairement en accès anticipé
- Les précédents changements de monétisation ont laissé une vraie dette de confiance
Bodycam n'est plus seulement ce FPS photoréaliste que l'on lance pour montrer Unreal Engine 5 à quelqu'un. Locked & Loaded lui donne enfin assez de systèmes pour que son maniement particulier puisse porter autre chose qu'un effet de surprise. Le meilleur du jeu apparaît quand chaque bruit, chaque angle et chaque mouvement trop brusque deviennent une décision. Le moins bon revient dès que cette simulation sensorielle se retrouve enfermée dans des boucles de deathmatch trop ordinaires. À ce stade de l'accès anticipé, c'est un bon FPS atypique plutôt qu'un grand tactical shooter : passionnant à apprendre, souvent spectaculaire, encore trop irrégulier pour devenir une référence.