Actu Actualité Officiel

Steam Machine : mauvaise console ou excellent PC de salon ? Tout dépend de ce qu'on lui demande

La Steam Machine souffre d'un problème assez amusant : elle ressemble à une console, démarre comme une console et finit sous le téléviseur comme une console. Puis elle rappelle régulièrement qu'elle est un PC. C'est précisément là que les avis se séparent. Comme remplaçante d'une PS5, elle est difficile à défendre. Comme petit ordinateur SteamOS silencieux et ouvert, Valve a fabriqué quelque chose de beaucoup plus intéressant.

Par Kader
Steam Machine : mauvaise console ou excellent PC de salon ? Tout dépend de ce qu'on lui demande

Le prix d'un PC, les performances d'une console plus ancienne

Le modèle 512 Go coûte 1 049 dollars sans Steam Controller. La version 2 To monte à 1 349 dollars. Pour ce prix, Valve fournit un processeur AMD Zen 4 semi-personnalisé à six cœurs et douze threads, 16 Go de DDR5 et un GPU RDNA 3 à 28 Compute Units accompagné de 8 Go de GDDR6.

Ce dernier chiffre pèse lourd en 2026. Huit gigaoctets de VRAM suffisent encore à énormément de jeux, mais la marge devient rapidement étroite dès que l'on pousse textures, ray tracing et hautes résolutions. La Steam Machine est censée vivre sous un téléviseur 4K. Son matériel préfère assez clairement qu'on lui demande autre chose.

GamersNexus situe ses performances graphiques selon les jeux dans une zone proche d'une Radeon RX 6600, d'une GeForce RTX 3060 ou d'une Intel Arc B570. PC Gamer arrive à une conclusion similaire : plusieurs PC gaming traditionnels au même prix, voire moins chers, peuvent aller sensiblement plus vite.

Pour une console à 1 049 dollars, ça pique.

Le 4K existe surtout grâce à l'upscaling

Valve parle d'une machine capable d'alimenter un téléviseur 4K, mais il ne faut pas traduire cette formule par « tous les jeux tournent en 4K native à 60 images par seconde ». Les tests publiés depuis juin montrent plutôt une machine qui fonctionne très confortablement à 1080p, correctement à 1440p selon le jeu, et qui doit s'appuyer lourdement sur FSR, le frame generation ou des réglages abaissés pour les gros titres en 4K.

PC Gamer a même constaté que SteamOS privilégiait par défaut une résolution de rendu de 1080p sur certains jeux afin d'assurer une expérience plus stable. C'est raisonnable techniquement. Pour un appareil branché sur un OLED 4K vendu plus de 1 000 dollars, le contraste est moins élégant.

Les choses ont toutefois bougé depuis le lancement. Valve et AMD ont travaillé à l'intégration de FSR 4.1 sur le GPU RDNA 3 de la Machine, notamment via Proton. Des essais récents rapportent une meilleure stabilité d'image et un frame generation plus convaincant dans certains jeux compatibles.

Cela améliore la machine. Cela ne lui ajoute ni VRAM ni unités de calcul.

C'est quand on arrête de l'appeler console qu'elle devient intéressante

Appuyez sur le bouton permettant de quitter le mode Gaming et le décor change complètement. Derrière l'interface Steam se trouve KDE Plasma, un véritable bureau Linux. Clavier, souris, navigateur, gestionnaire de fichiers, logiciels classiques : la petite boîte de Valve n'est pas enfermée dans un écosystème console.

On peut remplacer le SSD, utiliser une carte microSD, brancher les périphériques PC habituels, installer des applications et même remplacer SteamOS si l'envie prend. Valve a publié des pilotes Windows. Ce n'est probablement pas l'utilisation la plus élégante de la Machine, mais elle illustre bien le principe : l'acheteur possède un ordinateur, pas seulement une porte d'entrée vers une boutique.

Steam apporte ensuite quelque chose qu'une tour Windows placée sous le téléviseur reproduit moins proprement : une interface entièrement pensée pour la manette, le réveil depuis le canapé, les mises à jour, le téléchargement, le cloud et la reprise d'une bibliothèque déjà possédée.

On comprend mieux le produit comme ça.

Le boîtier est probablement sa meilleure pièce de hardware

Les différents tests convergent sur un point : Valve a remarquablement bien conçu le châssis. La Machine mesure à peine une quinzaine de centimètres de côté, intègre son alimentation et utilise un gros ventilateur de 120 mm. PC Gamer a mesuré 65 °C en moyenne côté GPU en jeu et insiste surtout sur le très faible niveau sonore.

Un PC plus puissant au même prix existe. Un PC plus puissant au même prix, aussi compact, silencieux, avec une alimentation interne, SteamOS prêt à l'emploi et ce niveau d'intégration est déjà une comparaison plus compliquée.

C'est précisément le piège de la fiche technique brute. Une tour équipée d'une RTX 5060 peut gagner facilement la bataille des images par seconde. Elle ne tient pas nécessairement dans le meuble TV et n'a pas été pensée pour disparaître derrière une manette.

SteamOS est son vrai avantage

Le succès du Steam Deck a donné à Valve ce qui manquait cruellement aux premières Steam Machines de 2015 : un système cohérent, Proton et des années de travail sur le jeu Linux.

Le catalogue reste imparfait. Certains anti-cheat refusent toujours Linux, les launchers tiers peuvent casser l'expérience de salon et quelques jeux exigent encore de bricoler des réglages que la PS5 ou la Xbox choisiraient automatiquement.

Mais le point de départ n'est plus comparable à celui de 2015. Une large partie du catalogue Windows tourne désormais sous Proton sans version Linux native, tandis que SteamOS masque la plupart de cette plomberie lorsque tout fonctionne.

Alors, mauvaise console ou excellent PC ?

Si le critère est simple — prix, performances AAA et absence totale de réglages — la Steam Machine se comporte comme une mauvaise affaire face aux consoles. Elle coûte beaucoup plus cher, son GPU n'a rien d'extraordinaire et ses 8 Go de VRAM sont déjà une contrainte visible.

Face au PC traditionnel, le verdict change. Elle est minuscule, silencieuse, suffisamment rapide pour jouer confortablement en 1080p et souvent en 1440p, possède un vrai bureau, accepte des périphériques et du stockage standard, et transforme une bibliothèque Steam existante en expérience de salon avec très peu de friction.

« Excellent PC » demande encore d'accepter le prix de 2026 et les limites du GPU. Mais c'est probablement là que Valve a construit son meilleur argument : pas une PlayStation plus chère, plutôt un PC que l'on peut oublier qu'on utilise.